ANATOMIE DE L’ÉCHEC

N’HÉSITEZ PAS…ENTREZ!

Introduction :

En commençant cet article sur la notion d’échec, je suis fortement confronté à un dilemme d’inspiration impliquant deux directions possibles. Il y a d’un côté la direction d’un article structuré, informatif et si possible éclairant. Et d’un autre côté, il y a cette évidence que je choisirai de partager aussi simplement que très directement : « il est impossible d’échouer et par conséquent, l’échec n’existe pas ! ».

Je préciserai d’emblée que je ne suis pas né avec la certitude que l’échec n’existe pas. Durant une première partie de vie, j’ai même souvent sombré dans les « affres terrifiantes de l’échec ». Comme de nombreuses personnes, j’avais fait mienne l’idée qu’il est possible d’échouer et ma vie était régulièrement tintée des ombres de quelques « échecs avérés ». Plus souvent encore, ma vie était tintée de multiples peurs concernant de potentiels échecs. C’est finalement le temps et l’enrichissement progressif de mes ressources personnelles qui m’ont conduit à certaines prises de conscience fondamentales vis-à-vis de ce que l’on dénomme échec.

Dans les prochains paragraphes, je vous invite à découvrir quelques-unes des idées qui illustrent et soutiennent en dernier ressort que l’échec n’existe pas. Pour cela, je commencerai par une présentation du concept d’échec avant de converger vers une redéfinition de ses fondements.

 

1 – L’origine (partielle) du culte de l’échec

Nelson Mandela avait dit à propos  des difficultés qu’il  a  pu rencontrer  au cours de sa vie : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends ». Cette vision est toute aussi remplie de sagesse qu’en opposition avec les principaux courants de transmission et d’éducation de nos sociétés. Tel un héritage inévitable de l’épopée des guerriers-héros, notre monde civilisé et en paix a conservé l’idée que la seule place « valide » dans un classement est celle du meilleur, celle du vainqueur. Par extension, « tout » réussir se place comme une norme implicite et même, comme une voie d’accès à l’épanouissement personnel.  En faisant de la réussite une finalité exclusive, ces concepts peuvent pousser au dépassement de soi, mais ils sont aussi des générateurs de « perdants », et par extension, des générateurs de déception, de frustration et d’autres inconforts.

 

2 – L’origine (probable) d’une petit réconfort

Tout système de réussite ainsi que toute compétition stimulent donc au départ de la motivation et fabriquent en masse à l’arrivée, des « moins bons ». On peut imaginer que c’est de là qu’est né l’adage « réconfortant » selon lequel « le plus important n’est pas de gagner mais de participer ». Cet adage est bien sûr rempli de bon sens. On peut même le compléter avec l’idée que toute personne gagne non pas en étant absolument « première », mais simplement en repoussant juste un peu ses propres limites. L’adage est donc plein de bon sens, mais se trouve sociétalement noyé dans l’apologie du vainqueur, du meilleur, de la première place.

 

3 – Le danger de l’échec au niveau inconscient

Que l’on ne s’y méprenne pas, vouloir réussir et chercher à faire partie des « meilleurs » n’est en aucun cas un problème. C’est lorsque réussir devient la seule option au travers de laquelle un esprit se définit, que celui-ci peut y perdre sa paix. Entre problème de manque de confiance en soi, problème de manque de reconnaissance et autres, il est alors facile de devenir le siège d’inconforts plus ou moins intenses et plus ou moins réguliers. Le  cerveau  humain  est conçu pour survivre et ce qui se joue indirectement derrière le rideau d’une conscience fragile, c’est la peur de rater, de manquer de « quelque chose d’important », d’être différent, et dans certains extrêmes, de se retrouver aux abimes d’une vie qui n’en vaut pas la peine. Depuis cette mécanique inconsciente, toute difficulté rencontrée lors d’un projet ou tout « raté » peut vite nourrir des sentiments d’infériorité, d’isolement, d’impossibilité, de désespoir, de frustration ou autres.

 

4 – L’échec s’affiche en surface et s’exprime à l’intérieur

Bien que ces impacts puissent sembler « intenses », en réalité, ils illustrent combien échouer est loin d’être le simple fait de « ne pas réussir » quelque chose. En surface, l’échec est souvent lié à un inconfortable constat « d’inadéquation » par rapport à des modèles de réussite ou des attentes sociétales. Intérieurement, l’échec se traduit par des ressentis pouvant être extrêmement submergeants, voire bloquants. Il peut de plus s’exprimer selon différents niveaux d’implication. Il y a par exemple l’échec de performance (je ne suis pas à la hauteur !), l’échec de comparaison (les autres font tellement mieux !), ou encore l’échec traumatique (je ne parviendrais jamais à faire assez bien !) …

 

5 – Bien pire que l’échec avéré : l’échec imaginé

L’échec n’est pourtant pas le pire inconfort qu’une personne peut affronter lorsqu’elle souhaite accomplir / obtenir / réussir quelque chose. Pour un projet donné, c’est en réalité la peur de ne pas parvenir à être « assez bon » et d’échouer qui peut être bien plus difficile à gérer. Le constat d’un échec avéré peut être certes très désagréable, mais une fois constaté, il ne peut qu’être géré de manière plus ou moins saine et mature. En revanche, la peur d’un potentiel échec par manque de capacité ou de moyen, peut se maintenir longtemps. Tel un poison qui se distille lentement, la peur d’échouer pousse parfois à croire que tout est perdu d’avance, et même,   que   tout   est   tellement   plus   facile  pour « les autres ». Fabriquée par l’esprit, la peur d’échouer peut ainsi arborer d’innombrables scénarios remplis de préoccupations et de manque d’assurance, qui conduisent facilement à d’imposantes raisons d’abandonner même les quêtes les plus désirées.  

 

 

6 – Un chemin vers la perte de moyen et vers le mal-être

Les sensations liées à l’idée d’échouer dans un contexte ou sur un projet donné, peuvent facilement contaminer l’ensemble des ressources d’une personne. Dans bien des cas, elles peuvent donc être paralysantes au point d’inhiber toute initiative et tout passage à l’action. Pourtant, pour aussi intenses qu’elles puissent être, ces sensations ne sont que le reflet des scénarios bordés d’inconnues et empreints de doutes que l’imagination crée et nourrit en boucle. Théoriquement, il suffirait de stopper l’imagination pour stopper toute sensation d’appréhension. Dans la pratique, le plus naturel pour un esprit anxieux est d’une part, de créer des scénarios effrayants et d’autre part, d’y croire comme à des réalités fermes et certaines. C’est ce mécanisme qui dans un fonctionnement en spirale, entraîne un esprit à se créer une zone de mal-être et à vivre au travers de celle-ci.

 

 

7 – Alors, c’est dans la tête?

Les zones de mal-être se nourrissent d’anxiété et se bâtissent essentiellement sur du stress. Concrètement, il s’agit de zones de fonctionnement qui se trouvent intimement liées à du stress de nature et d’intensité diverses. Il est néanmoins possible de déployer des projets d’évolution professionnelle, personnelle ou autres sans être perturbé par les spectres de l’échec et du stress. Cette très intéressante possibilité repose notamment sur le fait qu’avoir des objectifs plus ou moins compliqués à atteindre est une chose, et que se créer continuellement du stress en s’imaginant le pire et en redoutant l’échec, en est évidemment une autre.

A n’en pas douter, toute pensée anxiogène concernant un potentiel échec ou un échec avéré, peut induire d’infinies préoccupations dans un esprit. Plus ce dernier manque de ressources, plus il tend à s’engouffrer dans l’idée qu’il peut se prémunir d’un échec en ressassant toutes sortes de scénarios catastrophes afin de les anticiper. En réalité, ces pensées ne font alors que stimuler plus de préoccupations et conduisent à toujours plus de mal-être mental et physique.

 

8 – Quelle voie pour mieux « fonctionner »?

Face à un mélange de peur et de stress lié à des objectifs plus ou moins « impressionnants », une voie classique consiste à traiter le stress. Pour cela, il  existe  bien  sûr  d’excellents outils de gestion du stress. Cependant, l’idéal en toutes circonstances est de ne jamais être le créateur de sa propre zone de stress et de mal-être. Comment cela est-il possible ? En travaillant prioritairement sur sa façon d’appréhender et de traiter mentalement ses moindres difficultés de vie. C’est pour cela que les meilleures voies à emprunter dans un parcours de développement personnel,  sont celles   qui   permettent   avant tout d’apprendre « à ne pas être sa propre source de stress ». En somme, il est possible d’apprendre à gérer stress et mal-être, mais il est aussi possible d’apprendre à entretenir son bien-être et son équilibre.  

 

9 – La voie de l’hygiène mentale

Contrairement au stress qui se nourrit entre autres de pensées anxiogènes, l’équilibre pour sa  part  est  la  résultante  d’une  bonne  « hygiène mentale ». Concrètement, il  s’agit  d’une hygiène des pensées qui repose en partie sur quelques croyances fondamentales positives. Parmi ces croyances ressources primordiales, il y a par exemple : « il est littéralement impossible de rater sa vie ». Ne pas atteindre un objectif peut certes induire d’inconfortables changements de plan, mais en aucun cas une vie se termine parce qu’un concours est raté, parce qu’une relation touche à sa fin ou encore parce qu’un poste de travail n’est pas obtenu. Ce sont les histoires qu’une personne ressasse mentalement sur son manque de moyen, sur sa non-valeur, ou encore sur sa malchance qui alimentent ses souffrances. Ce sont également ces histoires qui engendrent des sensations de défaite irréversible ou de réussite absolument hors de portée.

 

10 – Lorsque l’esprit perd contact avec la réalité

L’hygiène mentale se travaille, entre autres, en exerçant sa conscience à détecter tout moment de perte de contact avec la réalité. Lorsqu’un objectif non atteint se transforme en un drame qui se rejoue continuellement dans les pensées, il arrive que bien plus d’énergie soit employée pour traiter le drame (qui est imaginé), plutôt qu’à s’occuper du vrai sujet (qui est gérable). Penser que l’on puisse échouer à quoi que ce soit, constitue déjà une perte de contact avec la réalité, car ne pas réussir (à la première fois) ou manquer de ressources (au départ) sont d’indispensables indicateurs qu’il convient d’analyser afin d’apprendre et de s’améliorer. Croire qu’il est possible d’échouer revient à dire : « je veux commencer quelque chose de nouveau, mais je ne veux rien avoir à découvrir et je veux tout réussir sans étape intermédiaire ».

 

11 – Il s’agit en réalité d’un mécanisme d’apprentissage

Ce que l’on appelle communément « échec » se trouve bien souvent n’être qu’une étape dans un parcours d’apprentissages. Au travers des réseaux sociaux et autres, on peut facilement découvrir l’histoire de  nombreuses  personnes   qui   racontent  combien  leurs  plus grandes réussites sont toutes préalablement passées par des ratés, des impasses, des leçons qu’elles ont dû identifier, comprendre et apprendre. Malgré cela, la peur de l’échec continue d’embraser d’innombrables esprits, terrorisés à l’idée de ne pas être à la hauteur, de rater quelque chose, et même de « rater leur vie » … Lorsque le temps n’est pas limité pour atteindre un objectif, un raté n’est  alors  qu’une invitation à analyser son parcours et à faire mieux dans le boulot, dans la relation ou dans le projet suivant. Et lorsque le temps est limité et que la possibilité de recommencer n’existe pas, alors un raté est une invitation à modifier ses aspirations et sa direction. 

 

12 – L’échec : un concept à banir ou plutôt à redéfinir

La vie ne se termine que lorsqu’elle se termine ! Ce qui définit le nombre de réussites au cours d’une vie n’est pas lié au nombre de fois où l’on tombe, mais au nombre de fois où, malgré une chute, on se relève. Certes, il faut parfois beaucoup d’énergie pour développer les trésors de créativité et de persévérance nécessaires pour se remettre en selle à la suite d’une « chute ». Pourtant, c’est bien cette voie qui définit la hauteur des montagnes que l’on se sera autorisé à arpenter au fil d’une vie. Ce que l’on identifie comme des « échecs » dans un parcours, ne sont donc que des étapes d’apprentissages, des appels à l’amélioration, ou encore, des invitations à se préparer davantage.  Le monstre échec en lui-même n’existe donc pas. Mais plus qu’un concept à bannir, il semble plus juste de mieux en comprendre le mécanisme et de le redéfinir.

 

LA CLÉ DE TOUTE RÉUSSITE ET DE TOUTE ÉVOLUTION DÉSIRÉE

En conclusion, il est normal d’être inconfortable vis-à-vis de certains « détours » que l’on découvre et que l’on doit gérer dans la quête d’un objectif. Certains imprévus peuvent être compliqués à appréhender, et parfois, ils peuvent même conduire à un abandon marqué du sceau de l’« échec ». Il est pourtant fortement contradictoire de vouloir évoluer sans avoir rien à découvrir, sans avoir rien à apprendre et sans avoir à s’améliorer.  

Encore une fois, la majorité des évènements définis comme des « échecs » ne sont en réalité que les étapes d’un parcours. Des étapes souvent associées à des doutes et des peurs qui ont pour rôle d’attirer l’attention de son hôte sur d’indispensables ajustements de trajectoire. C’est finalement la façon dont les étapes sont accueillies ainsi que la façon dont les émotions sont gérées qui peuvent faire toute la différence. Une différence qui pour sa part, se fait bien plus en « investissant en soi » et en « développant ses ressources émotionnelles » qu’en blâmant ou en se blâmant au moindre raté.

Quelle tranquillité d’esprit lorsque l’on intègre pleinement que tout n’est qu’étapes et qu’en fin de compte, on ne peut que réussir ! Certaines réussites finales ne seront pas toujours identiques aux prévisions de départ, mais chaque gestion de problème et chaque expérience acquise s’avèrent inestimables pour aborder les projets suivants. A la mesure de l’énergie, de la constance et de la persévérance déployées, chaque projet mène quelque part, ou quelque part d’autre, ou encore ailleurs. En définitive, ON NE PEUT QUE RÉUSSIR SA VIE !